Tout a commencé le matin, quand à 6h, le journal matinal annonçait, en guise de "joyeux anniversaire" d'un certain 11 septembre, que la menace terroriste était élevée en France et que déjà cinq attentats avaient été déjoués cette année par les forces de l'ordre... Mise en bouche d'une très longue semaine médiatique à venir...
Cette nouvelle, prise en pleine tronche dès le réveil, éveilla également une sorte de terreur sourde. Un danger imminent planait donc. Qu'importe que l'été trouve enfin sa voie sur les pistes des Apaches, qu'importe que les chantiers navals annoncent la création de nombreux emplois pour 2007, l'angoisse régnait et pesait ce jour de tout son poids sur ma triste existence.
Dans une demi-conscience toute matinale, je descendis à la cuisine et choisis un thé noir fumé pour aromatiser l'ambiance. Quand soudain ! A 6h48. Un coup de feu retentit ! La détonation était toute proche, peut-être à 400 mètres... "Oui inspecteur, il était exactement 6h48. Je m'en souviens très nettement. Vous comprenez, je suis férue d'enquêtes policières. Et de part mes lectures, j'ai prit l'habitude de relever heures, noms de rues et plaques d'immatriculations pour les besoins d'une enquête de voisinage telle que celle que vous menez aujourd'hui", me suis-je entendu dire en mon fort intérieur au moment du coup de feu et au moment où mes yeux myopes mal éveillés se posaient sur l'horloge numérique du four. Et puis quelques minutes plus tard, tout en soufflant dans ma tasse, les coudes appuyés sur mes genoux joints, je me suis souvenu que j'habitais au milieu des champs. Et que les seuls homicides connus dans la région étaient plus largement perpétrés contre des êtres à fourrure ou à plumes. Et puis je me suis souvenu que le 10 septembre était le jour d'ouverture de la chasse. Et alors j'ai prit une grande respiration pour goûter l'air du petit matin d'automne par la fenêtre ouverte.
Totalement réveillée cette fois, l'angoisse m'étreignit sournoisement à travers le reflet du miroir de la salle de bain. En croisant par hasard ma silhouette avant d'entrer dans la douche, j'aperçus de curieuses et vives griffes rouges tout autour de mon cou ! Aurait-on cherché à m'étrangler pendant mon sommeil avec le fil à shit caché dans le faux fond de tiroir de ma commode ?! Mais qu'est-ce qui a bien pu me mettre dans cet état ?... Jamais je n'ai cauchemardé au point de me blesser ! Le souffle court. Les idées brèves. Le regard vif et le geste précis. Je m'interroge. Quand toute la glace fut floutée de buée, venue du nuage de vapeur qui s'échappait de la douche en furie, je me suis souvenu de la bataille acharnée que mon lapin nain avait mené sur mes épaules la veille au soir pour manger quelques mèches de ma nuque. Arsène, lapin, tente encore d'appendre la guitare et je n'ai pas eu le courage de lui couper les griffes. Il semblerait que je porte en ce jour les stigmates de son talent musical et de son génie militaire. Alors j'ai tourné les talons pour m'enfourner dans l'autocuiseur qui vrombissait encore et commençait à me résigner à passer une journée de merde.
Et la suite de cette journée me réserva effectivement de nombreuses petites frousses plus ridicules les unes que les autres. Telle la pomme mûre qui tombe au sol alors que mon champ de vision est bloqué par le drap sec encore pendu à son fil, et qui bien évidemment était le choc d'un corps (même petit) s'écroulant à terre. Ou encore le carton de livres, posé à la va-vite sur le rebord du buffet du bas et traînant là son utilité parfaite depuis plusieurs semaines mais décidant ce jour précisément pour s'étaler avec fracas à minuit passé...
Alors de deux choses l'une ! Soit je m'ennuie sévère et me prends à rêver d'une vie aventureuse et dangereuse pour tromper ma convalescence. Et dans ce cas je débute tout de suite un journal de mes délires dans l'attente de mon heure de gloire sur le nouveau plateau de Jean-Luc Delarue. Soit je branche mon radio-réveil sur une fréquence musicale de bon goût (s'il en est) pour tromper les mauvais augures.